Comment retrouver la motivation quand on n’a plus envie de pratiquer le sax
Il y a quelques années, je me souviens d’avoir posé mon saxophone dans son étui… et de ne pas l’avoir rouvert pendant trois semaines. Trois semaines. Pour quelqu’un qui joue depuis plus de vingt ans et qui enseigne à temps plein, c’était un signal d’alarme. Pas une blessure, pas un voyage — juste une panne sèche de motivation saxophone totale. Ce sentiment de regarder l’étui et de se dire « pas aujourd’hui, pas envie ».
Si tu traverses quelque chose de similaire, sache d’abord que tu n’es pas seul. Cette situation arrive à tous les musiciens, débutants comme confirmés. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il existe des moyens très concrets d’en sortir — pas des discours vagues sur « la passion », mais de vraies stratégies qui m’ont personnellement aidé, et qui aident mes élèves depuis des années.
Comprendre pourquoi tu n’as plus envie de pratiquer
Avant de chercher des solutions, il faut diagnostiquer le problème. Dans mon expérience d’enseignant, les pannes de motivation saxophone viennent rarement de nulle part. Il y a presque toujours une cause précise — et identifier cette cause, c’est déjà résoudre la moitié du problème.

Voici les raisons les plus fréquentes que j’observe chez mes élèves (et que j’ai moi-même vécues) :
- La stagnation technique : tu travailles, tu travailles, mais tu n’as pas l’impression de progresser. C’est épuisant et décourageant.
- La routine trop rigide : toujours les mêmes gammes, les mêmes exercices. Le saxophone est devenu une corvée.
- L’absence d’objectif clair : tu joues, mais tu ne sais plus vraiment pourquoi ni vers quoi tu tends.
- La pression externe : un examen, un concert, des attentes de l’entourage — parfois, ce qui devrait être un moteur devient un poids.
- La fatigue mentale : la vie déborde, et le saxophone devient la première chose sacrifiée.
Prends le temps d’être honnête avec toi-même. Quelle case tu coches ? La réponse va orienter ce que tu fais ensuite.
Casser la routine : la technique des petites doses
Quand j’ai enfin rouvert mon étui après ces fameuses trois semaines, je n’ai pas fait une heure de gammes. J’ai joué dix minutes. Juste dix minutes, un morceau que j’aimais, sans pression, sans métronome. Et ça m’a suffi pour la journée.
Ce principe — que j’appelle la règle des petites doses — est l’un des plus puissants que j’aie découverts pour relancer la dynamique. Le cerveau résiste à l’effort perçu comme long ou difficile. Mais il accepte beaucoup plus facilement quelque chose qui paraît court et accessible.
Voici comment appliquer ça concrètement :
- Fixe-toi un minimum ridiculeusement petit : cinq à dix minutes de jeu libre par jour. Pas d’exercices imposés, juste ce qui te fait envie.
- Pose ton saxophone sorti de l’étui, visible : ce détail bête change tout. Un instrument dans son étui fermé est un obstacle mental supplémentaire.
- Ne te juge pas sur la qualité : ces sessions de relance ne sont pas des sessions de travail. C’est de la reconnexion, pas de la performance.
La plupart du temps, les dix minutes se transforment naturellement en vingt ou trente. Mais même si elles restent dix minutes, tu auras brisé le cycle de l’évitement.
Redéfinir tes objectifs pour retrouver l’élan
Un de mes élèves adultes, Fabrice, stagnait depuis plusieurs mois. Il venait aux cours sans enthousiasme, jouait mécaniquement. Un jour, je lui ai simplement demandé : « Quel morceau tu rêverais de jouer, même si tu penses que c’est trop difficile pour toi ? » Il a répondu sans hésiter : Careless Whisper. On a tout réorganisé autour de ça. Trois mois plus tard, il jouait le thème complet. Sa motivation saxophone avait fait un bond spectaculaire — parce qu’il avait un but qui l’excitait vraiment.
La leçon que j’en tire, et que j’applique aussi à ma propre pratique, c’est que l’objectif doit te faire vibrer, pas juste te faire progresser techniquement. La progression technique est un moyen, pas une fin en soi.
Comment choisir un bon objectif motivant
- Choisis un morceau qui te donne des frissons quand tu l’écoutes — pas forcément le plus « sérieux », mais celui qui t’émeut.
- Fixe une échéance concrète : « je veux jouer cette intro dans deux mois » — c’est plus engageant qu’un objectif flou.
- Partage ton objectif avec quelqu’un : un ami, un prof, ou même sur un forum de saxophonistes. L’engagement social fonctionne.
- Découpe l’objectif en micro-étapes hebdomadaires pour voir la progression s’accomplir.
Changer ce que tu joues — et comment tu le joues
L’une des erreurs que j’ai commises pendant longtemps, c’est de m’imposer un répertoire « sérieux » alors que j’avais envie de tout autre chose. Je me souviens d’une période où je travaillais des études classiques — utiles, certes — mais sans aucun plaisir. Je m’ennuyais. Et l’ennui, c’est le poison de la motivation.
Si tu pratiques le saxophone depuis quelques mois ou quelques années, permets-toi d’explorer :
- Un style de musique que tu n’as jamais essayé : si tu fais du classique, essaie le jazz ou le funk. Si tu fais du jazz, plonge dans le blues. La nouveauté réveille la curiosité.
- L’improvisation libre : sans partition, sans règles — juste toi et ton sax. C’est déroutant au début, mais incroyablement libérateur.
- Jouer avec d’autres : même une simple jam informelle avec un ami musicien change complètement la dynamique. La musique est faite pour être partagée.
- Enregistrer-toi : pas pour te critiquer, mais pour entendre ta progression sur la durée. Réécouter une vieille session et se dire « j’ai vraiment progressé depuis » — il n’y a rien de plus motivant.
L’astuce du « dessert musical »
Dans mes sessions de pratique, j’ai depuis longtemps adopté une structure simple : je commence par ce que je dois travailler (le « légume »), et je termine toujours par ce que j’aime jouer librement (le « dessert »). Cette fin de session fun crée une association positive avec la pratique. Ton cerveau se souvient de comment la session s’est terminée — fais en sorte que ce soit sur une note de plaisir.
L’environnement et le rituel : des alliés sous-estimés
J’ai un ami tromboniste qui avait du mal à se mettre à pratiquer le soir après le travail. On a discuté ensemble et on a identifié le problème : il rentrait chez lui, s’affalait dans son canapé, regardait son téléphone… et le trombonne restait dans son coin. Il a changé une chose : en rentrant, il sortait son instrument en premier, avant même d’enlever sa veste. Résultat ? Il jouait presque tous les soirs.
Le rituel de pratique est un outil puissant. Ce n’est pas de la magie — c’est de la psychologie comportementale appliquée à la musique. Quelques idées concrètes :
- Associe ta pratique à un moment fixe de la journée, même si c’est court.
- Crée un signal de démarrage : une tisane, une certaine lumière, une playlist d’échauffement — quelque chose qui dit à ton cerveau « c’est l’heure du saxophone ».
- Élimine les frictions : saxophone sorti de l’étui, partition posée sur le pupitre. Plus c’est facile de commencer, plus tu commences.
- Éteins les notifications pendant ta session. Même dix minutes de pratique pleinement concentrée valent mieux qu’une heure où tu vérifies ton téléphone toutes les cinq minutes.
Quand la pause est la bonne décision
Je vais dire quelque chose qui peut sembler contre-intuitif : parfois, la meilleure chose à faire, c’est de ne pas jouer. Une vraie pause assumée — pas une procrastination coupable, mais une décision consciente de se ressourcer pendant une semaine ou deux — peut être exactement ce dont tu as besoin.
Pendant cette pause, continue d’écouter de la musique. Regarde des concerts, des interviews de musiciens qui t’inspirent. Lis sur l’histoire du saxophone ou sur des artistes que tu admires. Laisse l’envie revenir naturellement, nourrie par l’écoute et l’inspiration plutôt que forcée par la culpabilité.
Le saxophone sera toujours là quand tu seras prêt à le reprendre. Et souvent, après une vraie pause consciente, on revient avec une énergie qu’on n’avait plus depuis longtemps.
La motivation saxophone n’est pas un état permanent qu’on atteint un jour et qu’on garde pour toujours. C’est quelque chose qui fluctue, qui se travaille, qui se cultive avec des stratégies concrètes et beaucoup de bienveillance envers soi-même. Après vingt ans de saxophone, je traverse encore des hauts et des bas — et c’est tout à fait normal.
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L’essentiel, c’est de ne pas confondre une baisse passagère avec un s


















