September (Earth, Wind & Fire) au saxophone : groove funk et technique

Pourquoi « September » est un passage obligé pour tout saxophoniste
La première fois que j’ai joué « September » en public, c’était lors d’une soirée funk avec mon groupe, quelque part en 2008. Je pensais connaître le morceau sur le bout des doigts — je l’avais écouté des centaines de fois, j’avais griffonné quelques notes sur une partition improvisée. Et pourtant, dès les premières mesures, j’ai réalisé que je n’avais capté qu’une infime partie de ce qui rend ce titre si irrésistible. Le groove, cette sensation physique que la musique t’envahit et que ton corps bouge sans que tu le décides, c’est une alchimie à part entière. Et le saxophone y joue un rôle central.

Sorti en 1978, « September » d’Earth, Wind & Fire est bien plus qu’un hit de dancefloor. C’est une master class de funk, de soul et d’arrangements cuivres — une référence absolue pour quiconque veut comprendre comment le saxophone s’intègre dans une section de cuivres efficace. Dans cet article, je te propose de décortiquer ce titre avec l’œil (et les oreilles) d’un saxophoniste.
L’architecture sonore de « September » : comprendre avant de jouer
Avant de placer ta première note, il faut comprendre comment fonctionne le morceau. « September » est construit en Mi bémol majeur (Eb major), une tonalité que tu vas adorer… ou détester selon ton niveau de familiarité avec les bémols. Pour un saxophone alto ou baryton (qui transposent en Eb), tu es en Do majeur — ce qui simplifie les choses. Pour un ténor ou soprano (instruments en Sib), tu seras en Fa majeur.
L’arrangement de cuivres original a été orchestré par le légendaire Don Myrick et les Phoenix Horns. La section comprend des saxophones, des trompettes et des trombones qui jouent en bloc serré, ce qu’on appelle des horn hits — ces accords percutants qui ponctuent le rythme comme des coups de poing musicaux. C’est précisément ce qui donne au morceau son caractère si physique.
La structure du morceau en un coup d’œil
- Intro : horn hits immédiats, posé sur une rythmique syncopée
- Couplets : la section de cuivres tient un rôle harmonique et rythmique de soutien
- Refrain : les cuivres montent en puissance, les voix s’entremêlent
- Pont et outro : les improvisations et fills prennent plus de place
Prends le temps d’écouter le titre avec un casque, en te concentrant uniquement sur les cuivres. Tu vas entendre des couches que tu n’avais jamais remarquées. C’est un exercice que je recommande à tous mes élèves avant d’apprendre n’importe quel morceau funk.
Le groove funk au saxophone : ce que « September » t’apprend vraiment
Jouer september earth wind fire saxophone correctement, ce n’est pas juste reproduire les notes. C’est reproduire l’intention derrière chaque note. Et ça, c’est la leçon la plus difficile à transmettre en cours.
Le funk repose sur un principe souvent mal compris : c’est l’espace entre les notes qui crée le groove, autant que les notes elles-mêmes. Dans « September », les horn hits sont courts, détachés, percutants. En terme technique, on parle de staccato funk — chaque note est attaquée franchement avec la langue et coupée nette, créant un effet presque rythmique comparable à une caisse claire.
Exercice pratique : travailler l’attaque et le staccato funk
Voici comment j’aborde cet exercice avec mes élèves débutants en funk :
- Commence sans l’instrument : frappe dans tes mains sur les temps 2 et 4 (le backbeat) en chantonnant les horn hits. Si tu ne peux pas le faire bouche fermée, tu ne peux pas le jouer au saxophone.
- Travaille une seule note : prends un Sib (si bémol) à une tessiture confortable. Joue-le en staccato sur différentes subdivisions rythmiques — croches, doubles croches, syncopes. Mets un métronome à 120 bpm.
- Ajoute les rythmes syncopés : le riff d’intro de « September » tombe souvent entre les temps. Travaille les syncopes lentement, en les isolant.
- Intègre la dynamique : dans le funk, les accents ne sont pas tous égaux. Certains coups sont « pleins », d’autres sont « ghostés » (à peine audibles). Joue avec ces contrastes.
Quand j’ai vraiment progressé sur ce type de jeu, ce n’est pas en pratiquant plus longtemps — c’est en pratiquant plus lentement. Un conseil que j’aurais aimé recevoir bien plus tôt dans ma carrière.
Apprendre la ligne de saxophone de « September » : étapes concrètes
Tu peux trouver des partitions de « September » pour saxophone un peu partout, mais attention : beaucoup de versions en ligne sont approximatives ou transcrites pour des instrumentistes qui ne comprennent pas vraiment le funk. Je te recommande de faire ta propre transcription à l’oreille, au moins partiellement. C’est long, c’est parfois frustrant, mais c’est l’école du funk.
Méthode de transcription en 4 étapes
- Isole la piste de cuivres : utilise un logiciel comme Amazing Slow Downer ou Transcribe! pour ralentir le morceau sans changer la hauteur. Tu vas entendre des détails invisibles à vitesse normale.
- Chante avant de jouer : transcris d’abord avec ta voix. Si tu ne peux pas chanter la ligne, tu ne peux pas la jouer avec conviction.
- Note les rythmes avant les notes : dessine les valeurs rythmiques sur une portée vide. Le rythme est roi dans le funk.
- Ajoute les hauteurs : une fois le rythme maîtrisé, ajoute les notes. Tu verras que les erreurs de notes sont bien plus faciles à corriger que les erreurs de rythme.
Les parties de saxophone dans « September » ne sont pas techniquement très complexes sur le papier. Ce sont des gammes pentatoniques, des tierces, des sixtes. Mais les rendre funky demande un travail considérable sur l’articulation et la dynamique.
Aller plus loin : improviser sur « September » comme Don Myrick
Une fois la partie arrangée maîtrisée, la vraie question devient : comment improviser sur cette grille avec style ? Don Myrick, le saxophoniste d’Earth, Wind & Fire, avait un son chaud, riche, profondément ancré dans la tradition soul et R&B. Son approche n’était pas celle d’un jazzman qui cherche à complexifier — elle était au service du morceau, du groove, de la fête.
Pour improviser sur « September », je te recommande de t’appuyer sur deux ressources principales :
- La gamme pentatonique majeure de Eb (Do pour un alto) : c’est l’outil principal du funk. Elle sonne bien pratiquement partout sur cette grille.
- Les blue notes : ajoute la tierce mineure (le « blue note » par excellence) pour donner ce goût soul caractéristique. En Do pentatonique, c’est le Eb.
Mais surtout — et c’est peut-être le conseil le plus important que je puisse te donner — écoute les disques de Don Myrick en dehors de « September ». « Let’s Groove », « Boogie Wonderland », « Fantasy »… Chaque titre est une leçon d’économie et d’élégance au saxophone. Il ne joue jamais trop, il ne cherche jamais à impressionner. Il groove, point.
J’ai passé une période de ma vie à vouloir montrer tout ce que je savais à chaque solo. Earth, Wind & Fire m’a appris que le silence est aussi une note, et que parfois la meilleure décision musicale est de ne pas jouer.
En résumé : ce que « September » change dans ta façon de jouer
Travailler sérieusement le saxophone sur « September » d’Earth, Wind & Fire, c’est investir dans des compétences qui vont transformer ton jeu bien au-delà de ce morceau. Tu vas développer ton sens du groove, affiner ton articulation funk, comprendre comment une section de cuivres fonctionne en ensemble, et commencer à penser en termes de service à la musique plutôt qu’en termes de démonstration technique.
- Apprends la structure du morceau avant de toucher à ta partition
- Travaille le staccato funk sur une seule note avant d’attaquer les lignes complètes
- Transcris à l’oreille, même partiellement — c’est là que la vraie compréhension se construit
- Écoute Don Myrick et plonge dans la discographie complète d’Earth, Wind & Fire
- Improvise simplement, avec la pentatonique, au service du groove
Voir aussi en vidéo
Si tu te lances dans l’apprentissage de ce titre, dis-moi comment ça se passe — j’adore suivre les progrès des saxophonistes qui se frottent au funk pour la première fois. Et si tu veux aller encore plus loin dans cet univers, le blog regorge d’articles sur le jeu en section de cuivres, les gammes pentatoniques et les techniques d’articulation funk. Tu es au bon endroit. Maintenant, mets la sono, et que le groove soit avec toi !



